RIFIFI À L'UMP : LE PRÉSIDENT DU CONSEIL CONSTITUTIONNEL JEAN-LOUIS DEBRÉ DÉNONCE L'INTERVENTION DE SARKOZY SUR TF1 QUI SAPE LES FONDEMENTS DE LA RÉPUBLIQUE.

 

Jean-Louis Debré réagit sévèrement aux attaques de Nicolas Sarkozy

Les Echos | Le 04/07 à 17:47, mis à jour à 18:01

Le président du Conseil Constitutionnel n'a pas apprécié l'intervention télévisée de l'ancien chef de l'Etat mercredi soir. "On ne conteste pas les fondements de la justice", estime le chiraquien dans une émission enregistrée vendredi sur Europe 1.

Jean- Louis Debré n'a pas digéré l'intervention télévisée de Nicolas Sarkozy. Mercredi soir au journal de 20 heures sur TF1, l'ancien chef de l'Etat, mis en examen pour corruption active et trafic d'influence actif dans l'affaire des écoutes téléphoniques, a violemment mis en cause la justice française, se disant victime d'une "instrumentalisation politique".

Des attaques contre les magistrats qui hérissent le président du Conseil Constitutionnel, comme l'a révélé le site du "Lab d'Europe 1". Invité de l'émission "Mediapolis" sur Europe 1, enregistrée vendredi pour une diffusion samedi, Jean-Louis Debré a estimé  : "Quand des responsables politiques commencent, à droite ou à gauche, à s'en prendre aux juges, c'est un des fondements du vivre ensemble, de la République qui est atteint. (...) On peut contester ce qui vous est reproché, on ne conteste pas les fondements de la justice, parce qu'à ce moment-là on conteste la République. "

Le président du Conseil Constitutionnel n'a pas apprécié la présentation inexacte du rôle de l'institution dans l'invalidation des comptes de campagne de la présidentielle de 2012. Nicolas Sarkozy avait évoqué mercredi soir le rôle des "enquêteurs" du Conseil Constitutionnel : " Il n’y a jamais eu le moindre système de double facturation. Que les 17 millions qu’on prétend dépendre de ma campagne qui auraient été cachés, c’est une folie. Personne, jamais, ne peut imaginer que les enquêteurs du Conseil constitutionnel ou de la commission des comptes de campagne soient passés au travers." Une contre-vérité dénoncée par Jean-Louis Debré  : "Nous n'avons pas des enquêteurs, nous n'avons pas de pouvoir de police judiciaire, nous ne pouvons pas faire de perquisitions, des saisies !", a-t-il rappelé sur l'antenne d'Europe 1.

Le Conseil Constitutionnel avait été saisi par Nicolas Sarkozy lui-même

Et d'insister  : "On laisse entendre que nous aurions vérifié l'ensemble des comptes de la campagne de l'ancien président de la République. Non ! Ce n'est pas exact !". Le Conseil Constitutionnel n'était chargé que de valider ou d'invalider la décision de la Commission nationale de Contrôle des Comptes de Campagne (CNCCFP).

"Nous avions été saisis du recours de monsieur Sarkozy lui-même, qui contestait la décision de la Commission Nationale des comptes de campagne (...). Nous n'avons examiné que les griefs de monsieur Sarkozy, nous n'avons pas examiné tout le compte. Et nous avons simplement dit que les griefs qu'il évoquait pour contester la décision de la CNCC étaient inopérants", a-t-il expliqué. La Commission avait, à l'époque des faits, constaté un dépassement du plafond légal estimé à 400 000 euros.

Jean-Louis Debré se dit également " profondément blessé" que l'on ait pu mettre en cause son "impartialité" ainsi que celle des neuf sages qu'il préside. "Nous avons montré notre impartialité. Ce qui nous intéresse c'est pas la politique, ce qui nous intéresse ce qu'on respecte les droits et les libertés", a-t-il déclaré.

Quant aux accusations concernant la juge Thépaut, qui appartient au syndicat de la magistrature plutôt considéré à gauche, Jean-Louis Debré les considère comme infondées. "Je connais beaucoup de magistrats qui ont des idées politiques, je peux vous garantir que lorsqu'ils instruisent, ils instruisent en fonction du droit et de la recherche de la vérité", a-t-il souligné.