Barabarie étasunienne

 

000_APW2000022911141Sources : Mickael Kiefer, azcentral.com

L’Arizona applique encore la peine de mort. Beaucoup d’articles sont sortis hier sur l’exécution ratée de Joseph Wood. Mais, voici l’article d’un des journalistes témoin de la scène. Ce qu’il décrit n’est rien moins qu’une scène de torture. Ce n’est pas vouloir faire du « sensationnel » mais c’est plutôt de rappeler que la peine de mort n’est pas justifiable.

La peine de mort vue comme une peine expiatrice d’une faute. Je vous recommande cet article et à vous, qui comprenez l’anglais n’hésitez pas à aller regarder l’information en ligne. On y entend le beau-frère de la victime choqué par le sourire de Wood avant son exécution mais pas par l’horreur de l’exécution elle-même, une journaliste demander à un autre journaliste pourquoi on ne parvient pas à exécuter plus vite un homme sans réaliser le cynisme de sa question.

Quand la peine de mort est considérée comme une norme. Mickael Kiefer, le journaliste décrit une réalité terrifiante, son témoignage touche profondément même si, quelque part, on se demande ce qu’il fait là. Libre Plume.

Un journaliste décrit une exécution dans l’état d’Arizona : 2 heures d’agonie, 160 fois au moins le supplicié cherchera de l’air.

Michael Kiefer, The Republic/azcentral.com – USA, 24 juillet 2014

Premier coup d’œil en hauteur, scène encadrée par deux circuits de TV internes.

Joseph Rudolph Wood est attaché sur un chariot brancard dans son uniforme orange de prisonnier pendant que le personnel médical se prépare à installer l’intraveineuse à son bras.

Il était 13h30 à l’Unité 9, petit bâtiment en stuc d’un étage du Complexe pénitencier « Complex-Florence » en Arizona. C’est ici que sont faites les exécutions. La pièce fait environ 4,5m sur 3,5 m, elle est peinte d’un bleu apaisant. Une vitre sépare les témoins de la salle, au fond, la chambre à gaz.

La loi fédérale exige que des témoins assistent à l’exécution, à chaque étape, compris la pose de l’injection. Mais en Arizona, les témoins assistent à l’exécution via des caméras.

Wood regarda un instant à droite, à gauche, sourcils écartés pendant que des hommes en blouse, hors champ caméra, s’affairaient : dans les mains un tensiomètre et un plateau d’aiguilles i.v. Les veines furent vite trouvées. Ce n’est généralement pas le cas. L’Arizona est l’un de ces trois états qui installe un cathéter dans l’aine si une veine dans un bras ou une main n’est pas trouvée, procédé utilisé dans 9 des 14 dernières exécutions.

Les rideaux s’ouvrirent.

Wood tourne la tête et regarde bizarrement la vingtaine de témoins présents dans la pièce. Il aperçoit la famille de ses victimes, les sœurs et le beau-frère de Debra Dietz, son ex petite-amie qu’il a tué à Tucson en 1989 ainsi que le père de la jeune fille, Eugene. Il fait un grand sourire, semble rire d’eux un moment, puis il rejette la tête en arrière et fixe le plafond.

A côté de moi l’aumônier de Wood, un prêtre portant le col prie égrène un chapelet. Ses lèvres bougent sans émettre le moindre son. Trois des avocats de Wood sont assis derrière lui.

Wood prononça ses derniers mots : pas d’excuses pour la famille, juste une phrase expliquant qu’il avait trouvé la foi en Jésus et qui, il l’espérait, leur pardonnerait à tous.

« Est-ce que ce sont vos derniers mots ? » demanda le surveillant.

« Oui monsieur »

Il était 13h54. Le produit a déjà commencé à couler dans les veines à travers les aiguilles i.v. L’exécution a commencé. C’était la 5ème exécution à laquelle j’assistais. Généralement, le condamné a sur le visage une expression de profond embarras et fixe bêtement le plafond. Lentement les yeux se ferment, il ne bouge plus à part quelques mouvements de respiration de la poitrine qui ralentissent puis s’arrêtent définitivement. Les joues se creusent, la bouche s’ouvre béante pour chercher de l’air. Cela prend généralement 10 à 11 minutes.

L’exécution de Wood n’a pas été différente – au début. Peut-être qu’il souriait mais juste légèrement. Il marqua plusieurs respirations et ferma les yeux.

Le prêtre s’arrêta de prier et regarda.

Après 4 minutes de procédure le médecin apparut de l’autre côté de la vitre. Il contrôla les yeux de Wood, son pouls puis annonça au micro : « je confirme qu’il est endormi ».

Il y a déjà eu des soucis avec les produits utilisés pour une exécution, un mélange du dérivé d’opium, le midazolam et un narcotique appelé « hydromorphone ». Les témoins d’une exécution qui eut lieu en Floride où ce produit a été utilisé en octobre dernier, notèrent que cela avait pris plus de temps que d’habitude. Une exécution dans l’Ohio en janvier pris plus de 20 mn et le procureur trouva cela trop long.

Les avocats de Wood ont déposé des requêtes devant l’Etat et les Cours Fédérales exprimant ainsi leur inquiétude concernant ces produits mais le département d’application des peines de l’Etat d’Arizona refusa de procurer des informations sur les lots des produits qu’il avait obtenus.

L’exécution fut ajournée deux fois. La première fois ce fut mardi par la Cour Suprême des États-Unis. Un deuxième ajournement fut imposé mercredi matin, ce qui repoussa l’exécution de 10h du matin à 13 heures. La Cour Suprême de l’État d’Arizona le leva mercredi avant midi.

Au début de l’exécution de Wood, tout semblait bien se passer.

Puis vers 14h, Wood ouvrit la bouche pour chercher de l’air. Trois minutes après il l’ouvrit à nouveau, sa poitrine se soulevait comme s’il rotait. Puis deux minutes encore, et encore, la bouche s’ouvrait toujours plus grande. Ca n’en finissait plus.

Il étouffait et cherchait de l’air comme un poisson qui se retrouve hors de l’eau. Le mouvement était celui d’un piston. La bouche s’ouvrait, la poitrine se soulevait, l’estomac se tordait en convulsion. Lorsque le médecin entra dans la pièce pour vérifier s’il était conscient et tourna le micro pour annoncer que Wood était toujours endormi, nous pouvions entendre le bruit de sa respiration : un ronflement, un bruit d’aspiration similaire au bruit de l’air qui passe dans le filtre d’une piscine, un bruit très fort que je peux imiter car j’ai essayé.

C’était une mort par apnée. Cela a duré une heure et demie. J’ai fait une marque sur mon bloc-notes chaque fois que Wood ouvrait la bouche, j’ai compté 640 fois, ce qui n’en représente pas la totalité car le médecin entra au moins 4 fois et cachait la scène.

Je me suis tourné vers mon ami Troy Hayden, le présentateur et journaliste de la Fox 10 News assis à côté de moi. Troy et moi avions été témoin d’une autre exécution ensemble en 2007, il avait déjà vu ça et savait à quoi ça ressemblait.

« Je ne crois pas qu’il va mourir » lui dis-je.

Un instant plus tard, Troy se tourna vers moi et chuchota à mon oreille « Je crois que tu as raison ».

A la fin de son rosaire, le prêtre leva son crucifix et fixa le visage du Christ sur la croix.

Je me demandais s’il y avait un plan B, quelque autre produit, quelque chose pour accélérer la mort. Où quelqu’un pour arrêter cette agonie.

Alors que Wood étouffait cherchant désespérément de l’air, deux de ces avocats quittèrent la pièce. Je n’appris que plus tard qu’ils avaient déposé des requêtes pour essayer de faire arrêter cette exécution.

Finalement, les tentatives de Wood pour trouver de l’air s’espacèrent. Une fois, deux fois espacées de plusieurs minutes. Il arrêta à 15h36, à 15h40 et 15h48. Le médecin l’examina et annonça à nouveau : « Toujours endormi ».

Une minute plus tard, Charles Ryan, Directeur du département d’application des peines apparu à la vitre à côté du brancard de Wood un peu comme le narrateur d’une histoire. Un peu comme la mise en scène d’un film d’horreur à la « Twilight Zone ».

L’exécution est terminée dit-il. Les rideaux tombèrent.

Les témoins sortirent de la pièce en fil indienne.

Un des avocats de Wood dit « L’expérience a échoué ».

Mickael Kiefer, azcentral.com. 24 juillet 2014 – Traduction Libre Plume

http://www.azcentral.com/story/news/arizona/politics/2014/07/24/arizona-execution-joseph-wood-eyewitness/13083637/

http://www.oulala.info/2014/07/barabarie-etasunienne/