Convoi humanitaire : adieu au mythe de l’humanisme occidental

Les rencontres au sommet à Minsk ainsi que les succès militaires des indépendantistes ont quelque peu occulté la saga de l’aide humanitaire russe, de ces presque 300 camions lourdement chargés de vivres et médicaments venus en aide à la population martyrisée de Donetsk et de Lougansk. Or à la veille d’un nouveau convoi que prépare la Russie, il serait intéressant de prendre le pouls de la perception russe de la réaction de l’Occident à cette aide, et de constater quelques surprises très, très désagréables pour ceux qui se croient être  le sel de la Terre en matière d’humanitaire. Traduction d’un billet d’Olga Toukhanina, auteure et blogueuse populaire.

Famille dans un appartement démoli par l'artillerie ukrainienne (photo kp.ru)

Famille dans un appartement démoli par l’artillerie ukrainienne (photo kp.ru)

« L’histoire du convoi humanitaire tire un trait sur de très nombreux mythes.

Le plus important entre eux est le mythe des droits de l’homme défendus par l’Occident civilisé. Force est de constater que tout le monde s’est habitué depuis longtemps aux doubles standards. Il n’y a rien à faire, hélas ! Nos partenaires occidentaux ferment volontiers les yeux sur les tours pendables que jouent toutes sortes de « fils de p*te » pourvu que ce soient « leurs fils de p*te » [allusion à la célèbre phrase de Roosevelt sur le dictateur Somoza, NDLR].

Mais dans ce cas concret, on ne s’est même pas embarrassé d’un quelconque soupçon de gêne.Tout les faits témoignent en faveur une vraie catastrophe humanitaire lieu dans le Sud-Est de l’Ukraine. Non seulement on y voit tous les jours des civils mourir de mort violente, mais en plus ceux qui ont survécu sont privés de tout approvisionnement et subsistent pratiquement dans un état de siège. La diplomatie occidentale tâche de convaincre l’opinion publique que la faute en incombe exclusivement à la Russie. Admettons que ce soit vrai. Mais alors, où sont les missions humanitaires de l’ONU ? Où est donc l’aide de l’Europe et des États-Unis ? Où sont les colonnes de camions envoyés par le gouvernement ukrainien à ses propres citoyens ? On n’en voit point.

Le monde civilisé ferme les yeux sur la souffrance des humains. Personne ne bouge son petit doigt pour venir en aide. Qui plus est, la livraison d’une cargaison humanitaire est proclamée intervention agressive. Qu’y a-t-il de plus flagrant pour fouler aux pieds tous ces beaux principes qui constituaient, on le croyait, les fondements mêmes de la civilisation moderne ? On doit en conclure que soit ces principes n’ont jamais été importants, n’ont toujours été que des faux et des mensonges, soit cette même civilisation a dégénéré ces dernières décennies pour se transformer en son contraire. [...] On voit flotter l’ombre de Leningrad assiégée et affamée [pendant le siège de 1941-1944 - NDLR]. C’est ainsi que faisaient les Nazis. Eux aussi, ils étaient venus d’Europe. L’Europe reprend-t-elle ses vielles habitudes ?

Le deuxième mythe qui s’écroule est celui de la presse libre, du métier de journaliste indépendant. On aurait pu espérer que les journalistes aillent grouiller autour des camions blancs du convoi humanitaire. On aurait attendu qu’ils espionnent, qu’ils fouillent et farfouillent partout. Qu’ils protestent vigoureusement si on leur bloque l’accès ici ou là, si on leur refuse une interview, si on leur interdit de venir sur place ou de filmer. Or ni la presse internationale, ni la presse russe néolibérale ne s’est nullement intéressée à la réalité sur place. Toutes les suppositions brillantes, toutes les propositions crétines, tout cela a été énoncé sur la base de quelques photos ou de courtes vidéos tournées par des conducteurs du convoi ou par du personnel accompagnant. Les publications réputées sérieuses se sont muées en commères désœuvrées qui se référaient les unes aux autres en avançant des hypothèses grotesques ne s’appuyant sur aucun fait [...]

Enfin, le troisième mythe est celui de la communauté internationale des personnalités du monde de la culture qui se mobilisent contre toute injustice. Qui sont toujours prêtes à défendre la cause de la veuve et de l’orphelin. Or rien de tel. Les filles de Pussy Riot méritent leur attention, mais les fillettes qui gisent sans vie sur le goudron de Donetsk et de Lougansk, aucunement.

Nous l’avons compris, nous l’avons entendu, nous l’avons mémorisé. Merci. »

http://www.gagarine.ch/convoi-humanitaire-adieu-le-mythe-de-lhumanisme-occidental/