SyriaGate : Des armes et du personnel de l’OTAN à Alep-Est

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Entrevue avec un député syrien

D’énormes stocks d’armes et de munitions, dont bon nombre portaient des signes distinctifs de l’OTAN, ont été découverts à Alep-Est lorsque les militants du front Al‑Nosra, une branche locale d’Al-Qaeda, ont été repoussés en dehors de la ville par les forces armées syriennes.

Les reportages précédents portant sur la capture de membres du personnel de l’OTAN ont été retirés, car ils ont été autorisés à partir avec les militants à bord des autobus fournis dans le cadre de l’accord, afin d’éviter d’embarrasser l’OTAN. FWM en parle avec le député syrien Fares Shehabi, qui est un résident d’Alep aussi. Pour lui, cette découverte est un véritable « SyriaGate ».

M. Shehabi, les médias institutionnels et les dirigeants politiques européens sont mécontents de la libération d’Alep par l’Armée arabe syrienne. Ils publient des articles au sujet de massacres perpétrés par l’armée et de civils horrifiés à Alep (…).

C’est tout le contraire. Les nouvelles en Europe constituent un véritable problème, car elles rapportent exactement le contraire de ce qui se passe vraiment en Syrie. Nous avons réussi à libérer environ 100 000 civils qui étaient tenus en otages par les terroristes à Alep. Une bonne partie d’entre eux étaient en otage depuis plus de quatre ans. Ces civils qui ont été libérés sont heureux aujourd’hui. Les 1,5 million de civils qui ont quitté Alep depuis 2012 peuvent dorénavant rentrer chez eux. C’est un moment très positif et réjouissant pour Alep et la Syrie en général. Nous avons pu fêter Noël à Alep pour la première fois en 4,5 ans. C’est maintenant Noël tous les jours dans notre ville!

Les terroristes ont donc quitté toute la ville?

 – Oui, sauf qu’avant de partir, ils ont exécuté plus de cent soldats syriens et des centaines de civils. Nous avons trouvé leurs corps. Tout est documenté. Toute enquête internationale indépendante peut voir et examiner la preuve de ces crimes terroristes. Mais nous sommes heureux que notre ville soit libérée. Certaines zones rurales autour d’Alep sont toujours sous occupation des terroristes. La prochaine étape sera de libérer la campagne environnante pour nous assurer que la ville soit bien protégée et reste en bon état.

armes de l'otan en Syrie

Armes de fabrication américaine abandonnées par le front Al-Nosra. Photo : Armée arabe syrienne

Damas a parlé d’une grande quantité de matériel militaire occidental, comme des armes et des munitions trouvées à Alep (…)

– Nous avons trouvé des entrepôts d’armes que les forces terroristes avaient placés dans d’anciens établissements scolaires. Nos écoles ont été transformées en bases militaires d’Al‑Qaeda. Ces bases du front Al‑Nosra (qui est une branche d’Al‑Qaeda) étaient remplies d’armes de l’OTAN. Il y en avait des tonnes. C’est ce que j’appelle le « SyriaGate », car les USA et l’OTAN arment et soutiennent des gangs terroristes que l’ONU a inscrits sur sa liste officielle des groupes terroristes, dans le but de renverser le gouvernement légitime d’un pays souverain. C’est totalement ridicule de la part de l’Occident (…)

Pourquoi est-ce ridicule?

– Parce que personne ne peut garantir que ces armes ne seront pas pointées un jour contre l’Occident par ces mêmes terroristes. On abuse de l’argent des contribuables américains et européens pour armer des gangs terroristes qui sont prêts à diriger leurs armes contre des civils américains et européens à tout moment. C’est un scandale énorme.

Que savez-vous au sujet de la présence de militaires, de spécialistes du renseignement et de conseillers dans les zones d’Alep sous le contrôle des terroristes? Des reportages précédents avaient parlé de la capture de membres du personnel de l’OTAN.

– Nous n’avons capturé aucun conseiller militaire européen ou américain à Alep. Cependant, nous avons appris de source fiable qu’il y en avait beaucoup et qu’ils ont quitté la ville à bord des autobus que nous avons fournis pour l’évacuation des forces terroristes après leur capitulation. C’était le cas aussi de supposés militants comme Bilal Abdul Kareem, un Afro-Américain de New York qui est un ardent défenseur des gangs d’Al‑Qaeda en Syrie.

L’administration Obama soutenait la présence de Kareem à Alep, qui était souvent présenté dans les reportages des pays occidentaux comme un « journaliste indépendant ». Il y avait aussi bien d’autres agents occidentaux et sympathisants des terroristes à Alep qui ont quitté la ville à bord des autobus. C’est d’ailleurs la raison pourquoi l’Occident a fait tant de pression en faveur de cette évacuation. Sans cela, tous ces agents, conseilleurs et sympathisants auraient été capturés par nous et leur jeu exposé au grand jour, ce qui aurait énormément embarrassé l’Occident.

M. Shehabi qualifie cette découverte de « SyriaGate », parce qu’elle prouve que les USA ont armé un groupe faisant partie de sa propre liste de terroristes. Photo : Armée arabe syrienne

Le sort d’Alep n’a pas joué un grand rôle dans les médias occidentaux au cours des 4,5 dernières années. Mais depuis le début des opérations de l’Armée arabe syrienne en vue de sa libération, la situation a changé complètement. Du jour au lendemain, l’ensemble des médias, des politiciens et des ONG de l’Occident se sont mis à faire campagne contre l’armée syrienne. Ils l’ont accusée de commettre « génocide » à Alep, de bombarder des hôpitaux, de massacrer des enfants et des bébés (…)  

– Nous les Syriens, avons payé de notre sang et subi la destruction. Notre propre sang, c’est le prix que nous avons payé pour ces mensonges de l’Occident et ses « malentendus ». Il y en a toujours un en Occident pour dire « pardon, je pense m’être trompé! ». Mais cette ignorance terrible, nous l’avons payée de notre sang et de nos vies. Les gangs d’Al‑Qaeda ont conquis Alep à l’été 2012. Les résidents d’Alep n’étaient pas impliqués, notre ville était très paisible, personne n’avait pris les armes contre le gouvernement. Nous avons été conquis par des terroristes possédant des armes lourdes, qui ont pris 70 % de notre ville. En 2012, environ deux millions de civils vivaient à Alep‑Est. De ce nombre, 1,5 million ont quitté le territoire occupé pour se rendre dans des zones de sécurité. Personne en Occident n’a parlé de ces 1,5 million de personnes qui ont fui vers les zones contrôlées par le gouvernement. Les USA et l’Europe sont restés silencieux. Personne en Occident ne s’est intéressé au sort des 11 000 civils tués par les tirs d’artillerie et les bombardements lancés au hasard par les gangs terroristes, dont 30 % d’enfants. Pendant 4,5 années, les grenades, les explosifs et les tireurs embusqués des terroristes ont constamment tué des civils innocents.

En tout, on a trouvé plusieurs tonnes d’armes de l’OTAN à Alep‑Est. Photo : Armée arabe syrienne

Les politiciens, les médias et les ONG européens se soucieraient davantage du sort des terroristes que du sort des civils à Alep?

– Il n’y a pas d’autres explications à ce comportement. Je le répète, en 4,5 ans, les terroristes ont fait vivre l’enfer aux civils d’Alep, mais l’Occident ne s’en souciait pas. Quand nous avons libéré les zones contrôlées par les terroristes, l’Occident a réagi en lançant une énorme campagne contre nous. Au même moment, l’ensemble des médias occidentaux soutenaient la libération de la ville irakienne de Mossoul des groupes terroristes du soi-disant « État islamique ». Pourquoi avaient-ils le droit de se prononcer en faveur de la libération de Mossoul, mais pas de la libération d’Alep?

C’est une immense hypocrisie. J’invite les lecteurs occidentaux à se mettre à notre place. Imaginez si des dizaines de milliers de terroristes d’Al‑Qaeda occupaient la moitié de Berlin, Paris ou Londres. Que feraient les gens? Ils auraient l’espoir que leur armée les libère. Notre libération, ici à Alep, nous l’avons attendu pendant 4,5 ans! Mais nous avons dû faire ce sacrifice afin de minimiser le nombre de victimes civiles. Nous avons dû attendre qu’une superpuissance, la Fédération de Russie, vienne nous aider. Si notre armée avait aussitôt lancé une contre-attaque en 2012, nous aurions subi des milliers de pertes civiles et plus de destruction. Mais nous avons attendu et libéré notre ville. Merci mon Dieu.

Entrevue menée par Manuel Ochsenreiter

 

Article en anglais :

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Syria-Gate: NATO Weaponry and Personnel in East Aleppo

La source originale de cet article est Free West Media, 29 décembre 2016.Traduit par Daniel pour Mondialisation.ca