Macron Président, coup de maître de Hollande

par Cazeaux
mercredi 1er février 2017

Pénélope Gate d’un côté, éclatement de la gauche de l’autre, Macron s’approche irrésistiblement du 2eme tour. Face à une Marine bloquée sous son plafond de verre, la victoire de l’homme en marche semble assurée. Que faut-il en penser ? Réussite foudroyante d’une personnalité d’exception servie par les circonstances ? Ou toute autre chose, un plan de longue haleine, finement orchestré par un disciple qui dépasse le maître ?

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Je n’y croyais pas. Peut-être me suis-je trop fié à son apparence peu flatteuse ? Aurais-je occulté la réputation d’intelligence de Hollande, son habilité manœuvrière ? Nombre d’observateurs avisés ont souligné ces qualités, avant sa victoire de 2012 et en son début de mandat. Sans compter que des faits portés sur le devant de la scène corroborent ces évaluations flatteuses. Prenons la livraison de croissants en scooter.

Pour qui en considère attentivement les éléments, l’affaire est cousue de fil blanc. Ce fut une manière croquignole de redorer la virilité du président après l’épisode malheureux d’une première dame encombrante et rageuse. Il n’empêche, l’embrouille a marché. Reprenant Les Quat’z’Arts de Brassens, l’on aurait pu chanter : Not’Hollande avait fait les choses comme il faut. Avec Julie Gaillet, il s’ra tranquille, bravo ! Un beau coup, mais celui d’un illusionniste à la Garcimore, le type dont on garde un souvenir amusé, pas celui qu’on vénère en génie du genre, façon Devos.

On dit aussi de l’homme qu’il est chanceux. L’éclatement de l’affaire DSK, à point nommé, a prouvé combien cela est vrai. Brillance intellectuelle, chance, c’est entendu, mais cela ne fait pas le Prince décrit par Machiavel.

Quant à l’art de mettre en scène sa sortie, livre-scandale, poignant discours d’adieu, si cela force quelque admiration, on n’y discerne pas l’habileté du grand joueur de billard ou d’échecs. Hollande ne serait décidément pas du gabarit de Mitterrand. Mais voici que…

L’impressionnant retournement de situation qui se produit à trois mois du suffrage m’ouvre les yeux. Hollande est sur le point de parachever un coup de maître qui surclasse tout ce qu’a pu faire son modèle.

Mitterrand, très diminué en sa fin de mandat, n’a pas pu se choisir d’héritier et le mettre en position de gouverner à sa suite. Ce dernier plaisir royal lui a échappé.

Certes quand ce Macron est apparu, j’ai compris que Hollande avait façonné un leurre pour siphonner les électorats du centre, d’une partie de la droite ainsi que la frange des déçus du PS. Parmi les crûs achetés « en primeur » par les Attali et autres Minc, le jeune inspecteur des finances, vinifié à point par quatre ans en fût rothschildien, a réussi tous les tests de dégustation lors de son passage à l’Elysée. Hollande tenait son homme. Alors, en avant ! Un ministère qui « claque sa mère » et une médiatisation, surprenante, redoutablement efficace. Jamais en effet l’on avait assisté à la mise sur orbite d’un personnage au profil de si peu de poids.

Comment cela ? Peu de poids, un inspecteur des finances ?

Chaque année, entre la botte de Polytechnique et les trois grands corps de l’ENA, ils sont une vingtaine à posséder un tel pedigree.

Et Rothschild, cela ne pèse rien ?

Là commence peut-être la manœuvre, car on n’entre pas au poste qu’il a occupé en envoyant son CV, si valorisant soit-il. Pompidou, normalien certes, mais prof de lycée, s’est retrouvé chez le grand banquier après être passé au cabinet de De Gaulle. Et une fois chez Rothschild, il a continué à servir, discrètement mais efficacement, le seigneur de Colombey. Et s’il est établi que le général-président a vraiment envisagé une restauration de la monarchie, ce qui eût fait de lui un faiseur de roi au sens propre du mot, bon gré mal gré, il a porté à sa succession ce Pompidou qu’il a en quelque sorte façonné pour les plus hautes responsabilités. Quand en1962, l'auvergnat sourcilleux fut appelé à Matignon, il ne comptait pas moins de dix-huit ans de bons et loyaux services auprès du général, dont une période au conseil constitutionnel avant de prendre la tête du cabinet présidentiel. Excusez du peu !

Et la jeunesse ? Macron, du sang nouveau.

Les jeunes ministres jalonnent l’histoire des IIIème, IVème et Vème républiques. Leur point commun ? Tous ont été nommés en raison d’un titre civil majeur et, plus souvent, du fait de leur appartenance à l’un des partis de la majorité. Les trois plus fameux, Giscard, Chirac et Fabius, avaient ce profil. Aucun d’eux n’était « inconnu au bataillon ».

Alors, comment expliquer l’exception Macron ?

L’originalité de son discours ?

L’homme n’a communiqué que par tweets jusqu’aux premières réunions publiques de son mouvement En Marche. Des poncifs de comptoir, « La France doit enfin entrer dans le XXIème siècle, « Si l’on a envie de travailler le dimanche, on doit pouvoir le faire. » ou « Il faut en finir avec l’assistanat. »

J’ai contacté le site d’En Marche pour demander comment avoir accès à des textes, articles, publications de Macron qui me permettraient de mieux connaître sa pensée. La réponse fut une invitation à adhérer ou à envoyer un don ! Et quand l’animal s’est mis à discourir avec sa tribune placée au milieu de son public filmé en gros plan pour éviter d’en montrer le petit nombre, qu’avons-nous entendu hormis un tissu de banalités ponctuées de hurlements d’une voix fluette sonnant faux ?

Alors quoi ?

Je me demande si l’explication n’est pas à rechercher dans sa personnalité hyper égocentrée ? Une idée si haute de lui-même, une autosatisfaction telle qu’il est prêt, et il l’a montré, à changer ses positions d’une semaine à l’autre afin d’élargir ses soutiens. Le tout avec un style, une gueule, des mimiques, ce petit sourire, ces clins d’œil saugrenus, qui font qu’on le distingue ; du moins au sein de son public initial, des gens simples, en quête d’optimisme, pas trop difficiles mais grâce auxquels il s’est construit l’image d’un meneur pourvu de charisme.

Mais bien avant la consécration de Macron au meeting au final délirant de la Porte de Versailles, l’univers médiatique a très vite joué le jeu. Tout le monde s’est mis à commenter les sorties du jeune ministre en faisant comme s’il s’agissait d’un homme politique accompli, défenseur d’une ligne, porte-parole d’une vision originale. Personne n’a recherché avec un regard critique d’où sortait ce protégé du président. L’on est même parvenu à gober et à relayer, une hostilité entre Hollande et Macron, comble du comble.

Hollande serait le PS d’hier, Macron un nouveau rassembleur, et tant pis si à trois mois du scrutin il n’a pas de programme ; une carence, en vérité, qui ne joue surtout pas contre la montée en puissance du phénomène.

Ce qui compte est que sa côte monte. Plus elle monte, plus il attire.

Un programme, un positionnement cohérent, cela viendrait figer les choses ; l’élasticité de l’offre Macron en sortirait amoindrie. Bien sûr, un programme finira par être composé, mais le plus tard possible, quand il sera établi que Macron sera favori pour gagner la deuxième place au premier tour des présidentielles.

Nous sommes là au sommet de l’ère marketing.

Jamais un candidat n’avait été lancé de façon aussi calculée, de façon aussi froidement professionnelle qu’une marque de lessive. Cela me fait penser à la publicité de Comme j’aime, le programme minceur performatif : « avec Comme j’aime, j’ai perdu vingt kilos, trente, quarante…et en mangeant de bons petits plats. » Aucun message explicatif, pas de justification pseudo-scientifique. Non. Seulement une affirmation : ça marche ! On n’est pas loin de En Marche ! Il suffit de souscrire.

Et les médias ont joué le jeu et continuent de jouer le jeu. Très surprenant.

Pourquoi une telle entente tacite autour de Macron ?

J’ai mon idée, peut-être à corriger, à affiner mais qui me semble tenir la route. J’imagine nos experts journalistes vaguement informés, dès la nomination de Macron au poste de ministre, d’une manœuvre venant de haut. Connaissant trop l’animal Hollande, ils se sont chacun dit dans son coin, qu’elle pouvait réussir et alors, gare aux fauteurs de trouble. Ainsi ont-ils tous fait semblant de voir en l’émergence du nouveau venu, on ne sait quel génie ou quelle nouvelle réponse à un besoin profond des électeurs. C’est du Comme j’aime. Personne ne dit si cela marche vraiment ou pas. Ce qui compte est la souscription de clients toujours plus nombreux.

La marche est celle du produit Macron qui conduira à la réussite du projet Macron. Macron président, c’est le coup qu’aura parfaitement accompli Hollande au bémol près qu’il devra savourer son plaisir par personne interposée : sa créature, le successeur qu’il aura choisi et porté.

Initialement, l’objectif était que Macron prenne assez de voix au centre et à droite, de façon à ce Hollande arrive deuxième derrière Le Pen. L’assombrissement du climat social ayant desservi le président, il lui restait en botte secrète, cette fameuse chance qu’on lui connaît dans la sphère politicienne ; cette chance qui lui a précisément permis d’être le candidat du PS encore fort de 2012 et donc de décrocher l’Elysée.

Cette fois-ci, la chance a consisté en la victoire de Fillon aux primaires de la droite. Belle aubaine car, évidemment, la grenade du Pénélope Gate était en réserve, tout comme celle du Carlton de Lille – qui, elle, n’a pas servi à Sarkozy pour cause d’explosion imprévue au Hilton de New-York.

Juppé eût remporté le match en novembre, s’en était fini du projet Macron.

Avec Fillon, il y avait ce dossier en or des emplois fictifs. Il suffisait de dégoupiller la grenade et de laisser les primaires pathétiques de la Belle Alliance accoucher d’une sorte d’anti-candidat.

Le résultat se produit sous nos yeux : Fillon s’effondre, Macron continue de monter, le PS se décompose, abandonné par les ex-éléphants qui entendent bien garder leurs sièges de députés. Demain, Macron n’aura plus besoin des soutiens peu sexy d’antiques politiciens comme le maire de Lyon. Il aura Ségolène, Le Guen, Le Foll, Le Drihan, Touraine, Guedj et tous les amis de Valls. A défaut d’être belle, il s’agira d’une nouvelle et forte alliance, en marche vers l’accès au pouvoir d’un centre libéral rosacé à géométrie variable.

Monsieur Hollande, plus que bravo. Chapeau !

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